Le projet GTA GNL Sénégal Mauritanie monte en puissance avec neuf cargaisons au T2 2024 et une capacité de 2,85 Mtpa, renforçant le rôle de l’Afrique de l’Ouest dans l’approvisionnement gazier de l’Europe face aux flux américains et qataris.
Grand Tortue Ahmeyim : neuf cargaisons GNL au deuxième trimestre, le pari ouest-africain prend forme

GTA GNL Sénégal Mauritanie production : un palier symbolique pour l’Afrique de l’Ouest

Le complexe gazier Greater Tortue Ahmeyim, au large du Sénégal et de la Mauritanie, a franchi un cap avec neuf cargaisons de GNL chargées au deuxième trimestre 2024, selon les données de chargement publiées par BP et Kosmos Energy dans leurs rapports opérationnels d’avril à juin 2024. Cette montée en cadence de la production de gaz liquéfié positionne clairement le projet GTA GNL Sénégal Mauritanie production comme un nouvel axe d’approvisionnement pour l’Europe, dans un contexte de recomposition énergétique post-russe. Pour un trader, ce flux régulier en provenance d’Afrique de l’Ouest n’est plus un simple signal exotique, mais une variable concrète dans les books LNG et dans la gestion quotidienne des portefeuilles physiques, avec des différentiels de prix parfois compris entre 0,5 et 1,5 $/MBtu par rapport aux cargaisons américaines.

Le projet GTA, opéré par BP avec Kosmos Energy, Petrosen et la Société mauritanienne des hydrocarbures (souvent désignée comme la société mauritanienne), repose sur une unité flottante de liquéfaction de type FLNG ancrée à environ 10 kilomètres des côtes. Ce navire FLNG, véritable navire industriel, assure une capacité annuelle de 2,85 millions de tonnes, déjà au-dessus de la capacité nominale de 2,7 Mtpa prévue pour la première phase du projet Greater Tortue Ahmeyim. Cette performance de la phase 1 du projet GTA confirme que le gisement de gaz Tortue Ahmeyim peut soutenir une production de GNL supérieure aux hypothèses initiales, ce qui change la donne pour les acheteurs européens en quête de diversification, notamment lorsque les spreads TTF/Henry Hub s’écartent de plus de 10 €/MWh.

Avec un objectif de 32 à 36 cargaisons sur l’année 2024, annoncé dans les communications financières de BP publiées au premier trimestre 2024, la production de gaz de GTA devient une source de revenus structurante pour les deux pays, le Sénégal et la Mauritanie. Pour ces États d’Afrique de l’Ouest, chaque cargaison de GNL représente une étape historique dans la monétisation de l’énergie gazière offshore, mais aussi un test de fiabilité vis-à-vis des acheteurs de long terme, qu’il s’agisse de contrats de type SPA indexés Brent ou de volumes plus flexibles indexés TTF. Le développement du hub gazier de Tortue Ahmeyim s’inscrit ainsi dans une stratégie énergétique régionale où le rôle du gaz naturel liquéfié dépasse la simple exportation de molécules pour devenir un instrument de politique énergétique et budgétaire, avec des retombées attendues sur les infrastructures, la formation des équipes locales et l’emploi dans les services parapétroliers.

Phase 1, phase 2 : ce que la montée en charge change pour les traders européens

Neuf cargaisons en trois mois, soit une tous les dix jours environ, signifient que le projet GTA n’est plus au simple stade de début de production mais entre dans une phase industrielle stabilisée. Pour les desks LNG européens, la régularité de ces flux en provenance du champ gazier Ahmeyim GTA, à la frontière maritime Sénégal Mauritanie, ouvre un nouvel arbitrage entre GNL américain, qatari et ouest-africain. L’Afrique de l’Ouest, longtemps marginale sur le marché spot, commence à peser dans les courbes de prix TTF et dans les spreads avec Henry Hub, en particulier lors des pics de demande hivernale, où les différentiels de freight entre un chargement en Afrique de l’Ouest et un départ du Golfe du Mexique peuvent atteindre 0,3 à 0,6 $/MBtu selon les estimations de courtiers spécialisés.

La perspective d’une phase 2 destinée à doubler la capacité de liquéfaction, déjà évoquée par BP et Kosmos Energy dans leurs présentations investisseurs de 2023 et 2024, est relancée par les bons résultats de la première phase du projet Greater Tortue. Si cette extension se concrétise selon le calendrier indicatif de la seconde moitié des années 2020, la capacité totale pourrait atteindre autour de 5 à 6 millions de tonnes par an, soit un volume de GNL suffisant pour ancrer durablement GTA dans les portefeuilles d’acheteurs européens et asiatiques, aux côtés des flux américains et qataris. Pour un trader, cela signifie plus de flexibilité sur les fenêtres de chargement, davantage de navires méthaniers en rotation, et une granularité accrue pour gérer les positions physiques et papier, notamment via des swaps de localisation, des options de redirection de cargaisons et des stratégies d’optimisation des slots de terminaux.

Les partenaires nationaux Petrosen et SMH, souvent regroupés sous l’appellation Petrosen SMH, voient dans cette production de gaz une source de revenus budgétaires mais aussi un levier pour structurer une filière énergétique domestique. Du point de vue des marchés, le rôle de ces compagnies nationales dans la gouvernance du projet GTA GNL Sénégal Mauritanie production sera scruté, car il conditionne la stabilité contractuelle et la visibilité sur les volumes disponibles pour le spot. Pour les acteurs qui arbitrent entre contrats long terme indexés Brent et cargos opportunistes indexés TTF, chaque phase du projet GTA et chaque ajustement de capacité deviennent des paramètres de pricing à part entière. Dans ce contexte d’industrialisation rapide, la maîtrise des risques techniques et de corrosion sur les installations offshore et midstream devient critique pour sécuriser la continuité des flux. Les opérateurs s’appuient de plus en plus sur des procédés de protection comme la cataphorèse appliquée aux équipements pétroliers et gaziers, afin de limiter les arrêts non planifiés qui viendraient perturber la courbe de production et, in fine, les profils de livraison aux acheteurs, qu’ils soient basés en Europe du Nord ou en Méditerranée.

Un nouveau pôle gazier d’Afrique de l’Ouest face aux flux américains et qataris

Le pari ouest-africain que représente GTA repose sur un triptyque clair : localisation stratégique en Afrique de l’Ouest, technologie FLNG et montée en puissance progressive des phases du projet. Situé à l’interface entre les routes maritimes vers l’Europe et l’Asie, le navire FLNG de Tortue Ahmeyim permet d’optimiser les distances de navigation et donc les coûts de fret, ce qui renforce la compétitivité du GNL sénégalais et mauritanien face aux cargaisons américaines et qataries. Pour un desk de trading, cette géographie se traduit par des différentiels de freight et de temps de transit qui peuvent faire basculer un arbitrage en faveur du GNL d’Afrique de l’Ouest, notamment lorsque les terminaux européens sont congestionnés ou que les prix asiatiques se décorrèlent, avec des écarts de plusieurs dollars par MBtu entre le JKM et le TTF.

Le projet GTA GNL Sénégal Mauritanie production affiche déjà 2,85 millions de tonnes par an, soit un niveau qui commence à compter dans les bilans énergétiques régionaux. À mesure que la capacité augmentera avec les futures phases, le rôle de GTA dans la sécurité énergétique européenne pourrait se renforcer, en complément des terminaux américains du Golfe du Mexique et des méga-trains qataris. Les cargaisons issues de ce gisement de gaz de Greater Tortue Ahmeyim deviendront alors un élément récurrent des portefeuilles d’energy traders, au même titre que les flux traditionnels de GNL, avec des profils de livraison susceptibles d’alimenter aussi bien les hubs du nord-ouest de l’Europe que les marchés méditerranéens, et de servir de base à des stratégies de couverture sur les dérivés gaziers.

Pour les deux pays, le Sénégal et la Mauritanie, cette montée en puissance du GNL représente une source de revenus récurrente et une opportunité de structurer une politique énergétique plus intégrée. La Société mauritanienne des hydrocarbures et Petrosen SMH devront toutefois arbitrer entre exportations et développement d’usages domestiques du gaz, afin que cette énergie ne soit pas seulement une rente mais un levier de transformation économique, via la production électrique, l’industrie ou la pétrochimie. En parallèle, la fiabilité de la chaîne logistique, depuis les systèmes de pompage et de combustion en amont jusqu’aux équipements comme la pompe à fioul dans l’industrie pétrolière et gazière ou les bouteilles d’azote utilisées pour les opérations gaz et pétrole, restera un facteur clé pour maintenir la courbe de production et la crédibilité du hub GTA sur le long terme, face aux grands exportateurs que sont les États-Unis et le Qatar, dont les volumes et la flexibilité contractuelle dominent encore le marché mondial du GNL.

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